jeudi 4 juin
Le bien-être naît dans le corps
Laurie Hawkes
Plutôt que se focaliser sur la pensée
positive ou la motivation, de nombreuses techniques de développement
personnel se concentrent sur le soin et le mouvement du corps.
Beaucoup
de gens souffrent de leur physique, se considérant comme gros, vieux,
mou, disgracieux, jusqu’à parfois se détester. Difficile d’être bien
dans sa peau tant qu’on n’a pas appris à apprécier son corps ! Certaines
activités peuvent nous aider à mieux l’investir et, si besoin, pour
s’affirmer davantage face à autrui, oser davantage se montrer dans la
relation.
Par exemple, de façon non exhaustive :
Le yoga - On n’y vise pas une performance, même si
l’on peut envier les personnes très souples qui adoptent facilement des
postures difficiles. L’intérêt est ailleurs, à se trouver en contact
avec son propre corps, à sentir ses facilités et ses limites. Des
exercices de respiration sont souvent associés, ce qui améliore à la
fois la détente et la perception de l’état corporel.
Le massage - Pour percevoir les contours de son
corps, s’offrir un toucher agréable ou vivifiant, important notamment
pour les personnes qui manquent de contacts physiques. Au-delà du
massage bien-être, des formes particulières de massage visent à traiter
des problèmes psychologiques : le rolfing, la kinésiologie, la somatothérapie, le massage sensitif gestalt (SGM)…
Le théâtre amateur - On peut s’y entraîner à des
façons d’être différentes de nos habitudes. Par exemple, si l’on joue un
personnage colérique ou séducteur alors que d’habitude on est très
retenu, on se sent comme libéré de l’interdit par les prescriptions du
rôle. Il est plus facile ensuite de s’approprier cette façon d’être.
La course à pied - Cette discipline permet de sortir
(corps et cerveau adorent la lumière naturelle !), de croiser du monde,
de respirer, de se fixer des objectifs que l’on arrive à atteindre, ce
qui donne aussi une bonne image de soi.
Mais d’autres activités
corporelles peuvent être soit mieux indiquées, soit simplement plus
acceptables pour la personne. Si l’on a beaucoup réprimé sa colère, on
peut avoir intérêt à pratiquer la boxe ou un art martial, ce qui permet
non seulement de s’exprimer avec force et énergie, mais aussi de
constater à quel point la force peut être canalisée, non violente. Alors
qu’une personne très combative et tendue, ou uniquement dans la
maîtrise, aura intérêt au contraire à expérimenter la souplesse et le
lâcher-prise par la relaxation, la sophrologie, le qi-gong, le massage
ou la méditation. Tous les sports sont bons pour se sentir bien dans son
corps, surtout s’ils se pratiquent en groupe, car combiner corps et
relations optimise les bénéfices.
Danser !
Cette activité-là mérite à mes yeux une place à part, tant elle est
riche. La posture, la démarche, la tonicité s’en trouvent souvent
modifiées.
La danse de couple enseigne à se poser face à l’autre, le diriger ou
le suivre. J’ai connu plusieurs femmes qui éprouvaient des difficultés à
se sentir proches des autres, affectivement et physiquement. Le fait
que le contact soit très codifié dans ce cadre peut aider à apprivoiser
le toucher : j’ai vu plus d’une personne devenir peu à peu plus tactile,
trouvant assez naturel de toucher un ou une amie… voire développer une
relation amoureuse alors que ce domaine était bloqué. Quelques hommes
aussi ont appris ainsi à montrer et exercer leur capacité de prendre le leadership.
Au tango argentin, on explore beaucoup l’aspect relationnel de la
danse. Avec le rock, on peut débloquer la capacité à rire et s’amuser.
En salsa, on cultive une sensualité souvent ludique… N’oublions pas la
danse en solo – danse africaine, jazz, biodanza… – où l’on retrouve le
plaisir de bouger son corps, la grâce que l’on pensait peut-être ne pas
posséder.
La danse peut aussi permettre de se libérer de ses traumatismes. Par
exemple, inspiré par sa rencontre avec le prix Nobel de la paix, Denis
Mukwege, Bolewa Sabourin, danseur et « artiviste », aide les femmes
africaines victimes de violence de guerre à s’exprimer en dansant.
En psychothérapie, corps et émotions
Les approches centrées sur le corps visent généralement à découvrir
nos émotions, voire à les amplifier. En bioénergie par exemple, certains
exercices rendent d’abord conscient des tensions musculaires, mais
peuvent aussi provoquer cris, larmes ou colère. Pour des personnes qui
se sont senties tétanisées lors d’un événement terrible, le fait de
rejouer la scène en libérant les gestes, en poussant, en frappant un
matelas, en laissant sortir les bruits de lutte, peut redonner vie et
liberté.
William Cornell, un des chefs de file de l’analyse transactionnelle,
propose l’idée de « gestes interrompus », des inhibitions remontant à
l’enfance : par exemple lorsque nos parents réprouvaient nos élans
affectifs, et que l’on a appris à refréner les envies de courir dans
leurs bras quand on se faisait mal. Ou bien lorsqu’on n’a pu exprimer un
mouvement naturel dans une scène plus récente, face à un conjoint
violent ou lors d’une agression. Dans les deux cas, le corps et le
psychisme se sont bloqués et ont besoin d’être remis en mouvement.
Le célèbre spécialiste du traitement des traumas, Bessel van der
Kolk, fait partie du mouvement préconisant aujourd’hui un traitement
« du bas vers le haut ». Au lieu de commencer par parler de ce qui est
difficile, sollicitant donc le cerveau cognitif, il juge souvent utile
de partir du corps, qui donne accès aux émotions, pour arriver
ultérieurement à la mise en paroles.
De façon plus courante, nombre de thérapeutes attirent l’attention
sur le ressenti corporel avec les personnes qui ont du mal à discerner
leurs émotions. « Je me sens mal, j’ai une barre, ça me serre. »
Cette perception sera approfondie pour la clarifier. Si l’émotion est
trop retenue, on peut la développer en questionnant la personne : « Vous la sentez où, cette peur ? C’est comment, dans votre corps ? »
Pour choisir quelle technique employer, on s’appuiera évidemment,
d’une part, sur la qualité de la relation : est-ce que je me sens en
confiance avec ce thérapeute ? Et d’autre part, sur ce que l’on sent bon
pour soi. Par exemple, le massage proposé en somatothérapie est une
option bénéfique pour beaucoup, mais certains refusent qu’on les
touche : il est alors préférable d’attirer l’attention sur le corps sans
contact physique.
Dans tous les cas, la bonne nouvelle, c’est que danser, courir, faire
du yoga, peut devenir une habitude tellement agréable qu’on ne saurait
plus s’en passer !
Laurie Hawkes
Psychologue clinicienne et psychothérapeute, auteure de L’Art de penser dans un monde distrait et violent, Odile Jacob, 2016.
https://www.scienceshumaines.com/le-bien-etre-nait-dans-le-corps_fr_41007.html
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